Les Amis des Sites Hébraïques des Environs de Reichshoffen et de Niederbronn-les-Bains.

 Le territoire d’ASHERN

ASHERN – les Amis des Sites Hébraïques des Environs de Reichshoffen et Niederbronn-les-Bains – est une association créée en décembre 2017. Son objet est la préservation de ce qui reste de la culture juive dans le territoire, en tant que partie intégrante de l’histoire et de la culture locale, et ce, dans un esprit laïque et interreligieux.

L’acronyme qui constitue son nom est un clin d’œil à Ascher Levy de Reichshoffen qui a nous laissé ses 

« Mémoires (1598 – 1635) », l’une des principales sources de connaissance des événements locaux de la guerre de Trente Ans (1618 – 1648).

Son activité consiste à donner vie aux lieux, consistoriaux ou non,  par des recherches, articles, conférences et visites guidées.

ASHERN compte aujourd’hui plus de cent membres, dont 40 % de juifs, et travaille en étroite collaboration avec plusieurs associations œuvrant dans le même domaine.

A ce propos, nous gardons une pensée émue à la mémoire de deux personnes de valeur récemment disparues :

Patrick Blum et Brigitte Kahn, que l’on ne présente plus.

Les sites consistoriaux subsistants à ce jour :

  • Le cimetière israélite d’Oberbronn,

  • La synagogue de Reichshoffen,

  • Le cimetière israélite de Gundershoffen.

I - Oberbronn et son cimetière juif.

La communauté juive du village remonte au moins au 17e siècle, comme l’attestent les dates gravées sur certaines maisons à colombages – avec encoches de mezouzot -  de ce magnifique village alsacien. 

La synagogue de 1841 a été détruite par les bombardements américains lors de la libération du village le 16 mars 1945.

Une synagogue précédente du 18e siècle est privatisée depuis longtemps, de même que le mikvé., dans une maison datée de 1572.

Si la communauté comptait plus de 200 juifs sur 1200 habitants au  recensement de 1860, la synagogue fut vendue 64 ans plus tard, témoignant d’un assez fulgurant exode rural.

Le cimetière est assez petit : il compte 170 tombes. La plus ancienne date de 1814 et la dernière de 1937. Avant la création de cette nécropole, le lieu d’inhumation était à Ettendorf, qui est à une distance certaine. Il est étonnant de constater la vitalité de cette communauté éloignée des centres, et qui a su créer son cimetière à peine 23 ans après l’émancipation des juifs de 1791.

Cette nécropole a aussi servi pour les communautés plus réduites des villages environnants : Zinswiller, Offwiller et même Baerenthal en proche Moselle, avec les familles Fraenckel et Hirsch. On peut y trouver des tombes de la famille maternelle de Léon Blum, entre autres.

Un témoignage recueilli d’une villageoise aujourd’hui disparue relate qu’elle a déposé des armes pour des résistants alsaciens déserteurs de la Wehrmacht dans le cimetière, en 1944.

Environ 50 % des stèles sont renversées ou brisées par fait de guerre, lors des combats de la Libération. Se situant au bord de la route d’Ingwiller par où est arrivée l’armée US, on peut imaginer, sinistrement, que les stèles ont pu servir de bouclier au soldats de la Wehrmacht, comme semblent l’attester les nombreux impacts de balles toujours visibles côté route.

Laissé à l’abandon, ce cimetière est devenu une jungle inextricable et impénétrable dans les premières décennies de l’après-guerre. Plusieurs tentatives de nettoyage  se sont succédées dans les années 1970, menées par les EI, puis par l’association protestante « Comprendre et s’engager », sans grand succès. C’est finalement un détachement militaire de Bitche qui a fait le travail en 1980, sous l’égide de mon regretté papa Robert Lévy , dernier Président de La Communauté de Niederbronn, et dans le cadre des relations armée-nation.

Depuis lors, le CIBR assure son entretien régulier. La clôture en bois a mal vieilli et est en grande partie tombée, laissant le cimetière à portée de tout un chacun. Sa réparation est urgente.

Les stèles en grès des Vosges s’effacent inexorablement. Elles ont été nettoyées et grattées en 2019 par une équipe de jeunes bénévoles européens de l’association ICE-RF (Institut Chrétien pour l’Europe-Réseau Français), puis photographiées à titre conservatoire par ASHERN. La traduction des textes est en attente.

Peu de familles viennent encore s’y recueillir, de sorte qu’aucune cérémonie des Selihot n’y a été organisée depuis l’après-guerre.

Notre cimetière se retrouve sous étroite surveillance de la gendarmerie locale – que nous remercions – depuis les sinistres profanations de Quatzenheim et Westhoffen.

II - Une synagogue républicaine à Reichshoffen

entre passé, présent et projet(s) d'avenir.

 

 

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III– Le cimetière juif de Gundershoffen

On sait peu de choses sur les origines de la communauté de ce village, qui remonte au moins au 18e siècle. La synagogue du 19e est aujourd’hui transformée en logements. Certains éléments de cette synagogue, dont les Tables de la Loi qui la surmontaient, ont été déposés au cimetière.

La nécropole contient à ce jour plus de 1000 tombes dont la plus ancienne est datée de 1815. D’un an à peine postérieur à celui d’Oberbronn, ce cimetière témoigne de cette même vitalité des juifs qui créent ce lieu à peine 24 ans après l’émancipation de 1791. Asher Levy atteste dans ses Mémoires qu’avant cette date de 1815, les juifs du territoire étaient inhumés au cimetière centralisateur d’Ettendorf .

Le cimetière de Gundershoffen est partagé en deux parties .

L’ancienne de 1815 à 1932 compte 739 tombes et 294 emplacements vacants. Ils s’agit d’espaces vides entre les tombes qui correspondent probablement à autant de stèles disparues, sans que l’on puisse en être certain. Seules des présomptions peuvent être avancées, selon les témoignages recueillis  sur la période nazie :

  • Le petit édifice en bois qui servait de maison mortuaire a été incendié par la Hitlerjugend. Il contenait probablement le registre  des inhumations qui est donc perdu. Cet édifice a été reconstruit en dur après la guerre.

  • Lors de cette même razzia de profanation nazies, il aurait été procédé à la destruction des stèles, mais le groupe aurait été rebuté par l’ampleur de la tâche ….

  • Un paysan local a été autorisé par l’administration nazie à prélever des pierres tombales pour construire sa porcherie !!

  • Enfin, lors des combats de la Libération de mars 1944, un panzer allemand s’est positionné dans le cimetière situé en sommet de colline pour tirer sur l’armée de Libération arrivant dans la vallée. Il a donc labouré une partie de l’ancien cimetière, détruisant tout sur son passage. Pour la petite histoire, le char a fini par se replier, mais s’est retrouvé en panne sèche à moins d’un kilomètre. Ses occupants ont fui à pied …

Les stèles de cette ancienne partie sont toutes en grès des Vosges, rouge et gris. Elles forment un conservatoire du savoir-faire des tailleurs de pierre des époques concernées, certaines étant de véritables œuvres d’art. On trouve de très nombreuses mains de Cohanim et aiguières de Lévites, mais aussi des shofar de Hazanim et des couteaux de Mohelim, tous plus ou moins sophistiqués, de style néo-gothique ou même Jugendstyl.

Un rectangle des enfants contient 61 tombes, parfois de fratries complètes, hélas.

Une rangée à part de huit stèles est dédiée aux femmes mortes en couches.

De vieux chênes majestueux et un très ancien pin ombragent le site en été. Allié à la couleur du grès et à la vue dominante sur le paysage, l’ensemble donne une impression de grandeur et de sérénité, de l’avis général.

Dans cette même partie ancienne, l’on trouve des défunts originaires de Niederbronn-les-Bains, Reichshoffen et Gundershoffen, mais aussi de communautés plus petites des environs et disparues depuis longtemps, telles que Frœschwiller, Langensoultzbach et Goersdorf.

La nécropole est protégée par une barrière infra-rouge d’alarme, œuvre de notre regretté Président Claude Kahn dans les années 2000.

Il semble que cela soit unique parmi les cimetières juifs, mais cela s’est avéré efficace, nonobstant son coût.

Depuis 2016, les 739 stèles ont été nettoyées et photographiées, d’abord par JP Kleitz, bien connu, puis par un groupe de jeunes volontaires européens d’ICE-RF et ASHERN. Les traductions par Yochoua Lilti sont en phase finale, de sorte que l’ensemble sera bientôt publié sur le site du Judaïsme d’Alsace et de Lorraine, à la disposition des familles, des généalogistes et des historiens.

La partie nouvelle de 1932 à nos jours, contient environ 250 tombes. Depuis l’après-guerre, les stèles sont remplacées par des dalles, pour des raisons évidentes de profanation. Le granit, bien plus froid d’aspect, remplace le grès. Les tombes doubles se généralisent. Un monument aux Déportés rappelle cette partie insupportable de notre histoire. La parcelle est occupée à 60 % ; de nombreux emplacements restent donc disponibles.

L’origine des défunts actuellement admise – de manière non exhaustive : Bitche (Moselle), Niederbronn-les-Bains, Reichshoffen et Gundershoffen.

Le cimetière est actuellement géré par une commission consistoriale composée de deux membres : le Dr Michel Cahen et Raymond Lévy.

  

En guise de conclusion, pour les trois sites, des visites guidées sont régulièrement organisées par ASHERN pour un public local et toujours nombreux. Elles contribuent efficacement à démystifier ces lieux fantasmés par certains, mais aussi à renforcer le dialogue interreligieux et à la connaissance de l’histoire laïque des religions, pour un public adulte et scolaire. 

L’on voit aussi des personnes non-juives venir se recueillir sur la tombe d’un ancien collègue juif, chose particulièrement émouvante.

En ce sens, ce lieu et ces nécropoles contribuent à la lutte contre l’antisémitisme.

Ainsi, nos défunts et leur histoire continuent à nous protéger, nous, leurs descendants.

 

 

 

 

Texte et photos : Raymond Lévy pour ASHERN - 06/06/2021 

Visites guidées sur demande.

Contact : raymlevy@gmail.com