Exposition de 2015 :

Les Aumôniers Israélites dans la Guerre de 1914-1918 

 

 

Ouverture de l’exposition des Aumôniers Israélites dans la Guerre de 1914-1918 le dimanche 1er mai 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Placée sous le patronage du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, cette exposition a été l’occasion de commémorer le centenaire de la « Grande Guerre », ayant pour thème : le rôle des Aumôniers juifs, tant français qu’allemands, durant les hostilités.

L’après-midi s’est ouverte sur un exposé de Madame Véronique Dubois, une des rares femmes aumônier, et s’est poursuivie par la découverte de l’exposition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une large place y était faite pour le personnage mythique du Grand Rabbin Abraham Bloch, mort en tendant un crucifix à un soldat chrétien mourant. Son petit-fils, Paul Netter est spécialement venu au Musée judéo-alsacien pour parler avec passion de son ancêtre auquel il venait de consacrer un ouvrage très documenté.

Jonathan Blum, talentueux chantre de synagogue et aumônier, a rompu l’austérité de l’après-midi par de vibrants chants liturgiques dans une salle comble que des dignitaires religieux honoraient de leur présence, des aumôniers des trois cultes « en grands uniformes » accentuant le caractère multiconfessionnel.

Cette très belle exposition richement documentée a été réalisée au sein de l’AMJAB par un groupe de travail piloté par Malou Schneider.

Véronique Dubois durant son intervention

Exposition de 2015 : Les Aumôniers Israélites dans la Guerre de 1914-1918

En commémoration de la Grande Guerre, le Musée Judéo-Alsacien a choisi de consacrer une exposition ayant pour thème le rôle des Aumôniers juifs, tant français qu’allemands, durant les hostilités de 1914-1918.

Cette grande exposition se divise en deux parties : la première rendant hommage à Abraham Bloch et la seconde consacrée aux "Feldrabbiner" dans l'armée allemande.

Abraham Bloch, un Grand Rabbin dans la Grande Guerre

Abraham Bloch (7 novembre 1859 - 29 août 1914) était le petit-fils de Moïse Bloch, le 'Hokhem’ de Uttenheim, et le cousin germain du rabbin Armand Bloch de Saverne.

 

Né à Paris en 1859, il réalise ses études au séminaire entre 1877 et 1883.

 

En 1884, il devient rabbin à Remiremont puis Grand Rabbin d'Alger en 1897. 11 après, en 1908, il revient en métropole pour devenir Grand Rabbin de Lyon.

 

Abraham s'engagé comme aumônier militaire quand débute la Grande Guerre. Frappé par un éclat d'obus alors qu'il tenté d'apporter à un soldat moribond, que celui-ci avait pris pour un prêtre, un crucifix, il meurt ur le champ de bataille situé dans le col d'Anozel, près du village de Taintrux, dans les Vosges.

Abraham Bloch

Source : judaisme.sdv.fr

De nombreuses illustrations représentent cette scène, comme des peintures, des cartes postales, des statue, etc.

Abraham Bloch

Carte postale d'époque - coll. © M.& A. Rothé

Source : judaisme.sdv.fr

Abraham Bloch repose aujourd’hui à Taintrux, un petit village vosgien près de Saint-Dié-des-Vosges.

 

Une stèle, rappelant ce terrible évènement et pour célébrer le héros de la Première Guerre Mondiale, fut érigée sur l’initiative de l’Union Patriotique des Français Israélites en 1934. Inaugurée par le Grand Rabbin Kaplan, elle a été restaurée et pratiquement remise à neuf.

Les "Feldrabbiner" dans l'Armée allemande

Plus de 100 000 Juifs allemands (sans compter les Austro-Hongrois) ont été incorporés dans l’Armée Impériale allemande durant la "Grande Guerre". Parmi eux de nombreux volontaires. 

 

Ces Juifs allemands voulaient sincèrement démontrer à l’Allemagne antisémite qu'ils étaient des patriotes aussi convaincus que les Catholiques et le Protestants.

Ce faisant, ils demandaient à pleinement s’intégrer dans la société et la culture allemandes comme concitoyens loyaux, sans autre différence que leur religion. 

 

Les synagogues résonnaient de prières pour le Kaiser et d’appels au courage et au sacrifice pour vaincre un ennemi qui a trahi «  plus 

saints commandements divins  », sans même se poser la question de l’humanité ou des religions du camp d’en face. 

 

Le Kaiser autorisa donc, pour la première fois en septembre 1914,  la nomination de ces aumôniers militaires israélites sur tous les fronts.

 

Ceux-ci devaient à la fois posséder un grade militaire pour démontrer qu’ils avaient servi la patrie, et avoir exercé comme rabbin d’une communauté. Ils devaient savoir monter à cheval pour visiter toutes les unités combattantes dans un secteur de 200km. 

 

En tout, il y en eut une trentaine. Et probablement plus, dans toutes les armes, et issus de tous les courants du judaïsme, du plus strict orthodoxe au libéral, en passant par le sioniste convaincu.

 

Réglementairement, ces "Feldrabbiner" portaient un revolver sur l’uniforme « feldgrau », agrémenté d’un brassard à la croix rouge et d’une chaîne portant un médaillon représentant l’Etoile de David. Indemnisés par le Ministère de la Guerre, leur solde n’a jamais égalé celle de leurs collègues chrétiens. 

Nombre d’entre eux arboraient fièrement la Croix de Fer, ainsi que d’autres décorations, en reconnaissance de comportements à l’ennemi élogieux, avant ou pendant leurs ministères. 

 

Sur le front de l’Est, le Kaiser et les maréchaux Ludendorff et Hindenburg ont personnellement encouragé le rabbin Leopold Rosenack en 1916 pour la création d’écoles et de structures communautaires juives dans les territoires pris au Tzar, afin de convaincre les Juifs russes de se rallier à l’Allemagne. 

 

Les  "Feldrabbiner" étaient donc le miroir de la communauté juive allemande, représentants de ce besoin d’intégration par la reconnaissance de leur loyauté au Reich à travers leur présence en  premières lignes des divers fronts, eux qui n’avaient acquis la nationalité allemande qu’en 1871. 

 

Pourtant, au fur et à mesure que la guerre se prolongeait, le vieil antisémitisme allemand ressurgissait, dans l’opinion comme dans la presse, et même au Reichstag. 

 

En 1916, le Kriegsministerium entreprit un recensement des soldats juifs, contrairement aux militaires chrétiens qui n’eurent à remplir aucun formulaire.

Le but de ce formulaire était de savoir si les Juifs s’étaient volontairement engagés dans l'armée et quand ils avaient servi. En effet, si l’on pouvait démontrer qu’ils se trouvaient dans les bureaux ou à l’arrière, alors on aurait la preuve qu’ils se défaussaient de leur devoir.

 

« Ce recensement a démotivé les soldats juifs  », avait écrit le rabbin Rosenack. Pour lui, « ça y est, voilà qu’on nous montre du doigt maintenant !  ».

 

Toutefois, les résultats de ce recensement ne furent jamais publié, ce qui alimenta ainsi de nombreuses rumeurs antisémites. Etre Juif et patriote devenait plus difficile, car l’espoir de l’égalité s’estompait. 

 

Les revers de l’hiver 1916/1917 ont entraîné de grosses difficultés alimentaires. On accusa donc les commerçants Juifs de retenir les denrées aux fins de spéculation. 

Les diverses ligues factieuses se renforcèrent et se fédérèrent en 1917 pour atteindre plus de 200 000 membres. Elles se lancèrent dans une propagande antisémite comme l’Allemagne n’en avait jamais connu. 

En 1919, le Traité de Versailles fut dénoncé comme une paix juive, et la République de Weimar comme une république juive. Les Juifs étaient devenus la cause de tous les maux : le capitalisme, le bolchévisme, la démocratie honnie, et même l’art moderne ! 

Les "Feldrabbiner" tentèrent de lutter contre ces idées malfaisantes. Ainsi Rosenack dut se faire protéger par la police en sortant des réunions antisémites qu’il tentait de combattre. Il édita une brochure tirée à 60 000 exemplaires pour dénoncer les idées reçues. 

L’espoir déçu d’un soutien de Ludendorff et Hindenburg avec qui il avait travaillé fut ressenti par lui comme une amère trahison. 

 

Aron Tänzer milita longtemps dans les associations d’anciens combattants. Lorsque les Nazi l‘en expulsèrent, il écrivit aux Vétérans en guise de testament : «En remerciement à la patrie. Pour mon enterrement, aucune oraison funèbre ni aucune prière ne seront prononcées en allemand, seules les prières d’usage en hébreu seront dites. » 

Si quelques "Feldrabbiner" purent émigrer à temps grâce à leurs relations, d’autres refusèrent d’abandonner leurs coreligionnaires à leur destin devenu prévisible, et disparurent dans la Shoah. 

Sources:   Gerald BEYRODT « Hochdekoriert, dann deportiert – Jüdische Soldaten im ersten Weltkrieg » - Trad. RL

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